Il y a une semaine, nous nous demandions si Jacob Kiplimo pouvait menacer le 1 h 59 min 30 s de Sabastian Sawe à Chicago. Dimanche 11 octobre, la réponse est tombée : non, et ce n'est même pas lui qui a gagné. Troisième en 2024, deuxième en 2025, Amos Kipruto a enfin remporté le Bank of America Chicago Marathon, en 2 h 01 min 09 s. Chez les femmes, Hawi Feysa a conservé son titre en 2 h 13 min 33 s, au terme de la course féminine la plus dense jamais disputée sur la distance.
Les résultats
| Place | Hommes | Temps |
|---|---|---|
| 1 | Amos Kipruto 🇰🇪 | 2 h 01 min 09 s — record personnel |
| 2 | Tadese Takele Bikila 🇪🇹 | 2 h 02 min 56 s — record personnel |
| 3 | Milkesa Mengesha 🇪🇹 | 2 h 03 min 46 s |
| 4 | Jacob Kiplimo 🇺🇬 | 2 h 04 min 18 s |
| 5 | Boki Diriba 🇪🇹 | 2 h 05 min 01 s |
| 7 | Clayton Young 🇺🇸 | 2 h 05 min 23 s — 1er Américain |
| Place | Femmes | Temps |
|---|---|---|
| 1 | Hawi Feysa 🇪🇹 | 2 h 13 min 33 s — record personnel |
| 2 | Sharon Lokedi 🇰🇪 | 2 h 14 min 07 s — record personnel |
| 3 | Brigid Kosgei 🇰🇪 | 2 h 14 min 55 s |
| 4 | Mary Ngugi-Cooper 🇰🇪 | 2 h 17 min 23 s |
| 5 | Joan Kilimo 🇰🇪 | 2 h 18 min 39 s |
| 7 | Emma Grace Hurley 🇺🇸 | 2 h 20 min 47 s — 1re Américaine |
Plus de 54 000 participants ont pris part à cette 48e édition, à travers les 29 quartiers du parcours.
Hommes : sur les bases du record jusqu'à 30 km
Le départ a été rapide. Six hommes — Kipruto, Kiplimo, Bikila, Mengesha, Diriba et Daniel Mateiko — sont passés ensemble au semi en 1 h 00 min 21 s, huit secondes plus vite que Sawe lors de son record du monde à Londres, et sur la trajectoire du record du parcours de Kelvin Kiptum (2 h 00 min 35 s). À 25 km (1 h 11 min 19 s), ils n'étaient plus que quatre.
C'est là que Kiplimo a durci la course : 13 min 58 s entre 25 et 30 km, soit 2 min 48 s au kilomètre, plus vite que l'allure du record du monde. À 30 km (1 h 25 min 28 s), il ne restait que lui et Kipruto, avec une projection autour de 2 h 00 min 12 s. Les deux hommes se sont relayés en tête, puis Kipruto a placé l'attaque décisive peu après le 21e mile, vers le 34e kilomètre : 12 secondes d'avance à 35 km, 1 min 32 s au 24e mile (38,6 km). Il est passé au 40e en 1 h 54 min 31 s.
Son 2 h 01 min 09 s améliore de 30 secondes le record personnel qu'il avait établi à Londres en avril. C'est le deuxième temps de l'histoire de l'épreuve, le deuxième jamais réalisé aux États-Unis, et il égale le 2 h 01 min 09 s d'Eliud Kipchoge à Berlin en 2022, ce qui le place au 5e rang des performeurs de l'histoire. Le Kényan, bronze mondial en 2019, décroche sa deuxième victoire en Major après Londres 2022. Dans le communiqué de l'organisation, il résume sa journée d'une phrase : « Quand l'esprit est prêt, le corps suit. »
Le record du parcours de Kiptum, lui, tient toujours : la seconde moitié de Kipruto (1 h 00 min 48 s) a été plus lente de 27 secondes que la première.
Kiplimo : l'accélération qui a coûté cher
Vainqueur ici l'an dernier pour son premier marathon, Kiplimo voulait devenir le premier homme à conserver son titre à Chicago depuis Samuel Wanjiru (2009-2010). Il a mené une grande partie de la course et c'est lui qui a fait exploser le groupe. Selon le compte rendu de World Athletics, il a ensuite été gêné par une douleur à l'ischio-jambier.
La fin de course est sans appel : de 35 km à l'arrivée, il a mis 24 min 08 s, soit 3 min 21 s au kilomètre, contre 21 min 11 s pour Kipruto (2 min 57 s/km). Doublé par Bikila puis Mengesha, il termine 4e, à 3 min 09 s du vainqueur. Six mois après son 2 h 00 min 28 s de Londres, l'hypothèse d'un deuxième marathon sous les deux heures en 2026 s'est éteinte dans les dix derniers kilomètres.
Femmes : trois coureuses sous 2 h 15, une première
Feysa et Kosgei sont parties seules derrière les lièvres (31 min 04 s aux 10 km). Sharon Lokedi, double vainqueur de Boston, qui découvrait un parcours plat de Major, a préféré attendre : elle est revenue sur la tête vers le 20e kilomètre. Passage au semi en 1 h 06 min 06 s, sur les bases de 2 h 12.
À 30 km (1 h 34 min 16 s), la course s'est résumée à un duel Feysa-Lokedi, Kosgei étant lâchée de 11 secondes. Les deux femmes étaient encore côte à côte à 35 km (1 h 50 min 23 s). Feysa a fait la différence à environ un mile de l'arrivée.
Son 2 h 13 min 33 s améliore son record personnel de 84 secondes et fait d'elle la quatrième femme la plus rapide de l'histoire. Lokedi (2 h 14 min 07 s) entre au 8e rang mondial de tous les temps, et Kosgei, ancienne recordwoman du monde, complète le podium en 2 h 14 min 55 s. Selon World Athletics, c'est la première fois que trois femmes passent sous 2 h 15 dans un même marathon. Plus loin, l'Australienne Isobel Batt-Doyle établit un record d'Océanie en 2 h 20 min 38 s.
Les Américains : Young à 40 secondes du record, Hurley et Rupp dans l'histoire
Le duel américain annoncé a bien eu lieu, mais pas comme prévu. Vincent Mauri est parti sur l'allure du record national (1 h 02 min 15 s au semi), avant d'être victime de crampes et d'être rejoint par Clayton Young et Charles Hicks vers le 22e mile. Il termine 10e en 2 h 06 min 45 s.
- Clayton Young, 7e en 2 h 05 min 23 s, devient le deuxième Américain le plus rapide de l'histoire, à 40 secondes du record de Conner Mantz (2 h 04 min 43 s, Chicago 2025). Il courait malgré une blessure à l'ischio-jambier, selon la presse américaine.
- Charles Hicks, 8e en 2 h 05 min 35 s, devient le troisième Américain le plus rapide de l'histoire.
- Galen Rupp, vainqueur ici en 2017, réalise 2 h 06 min 55 s à 40 ans : record des États-Unis masters (plus de 40 ans) amélioré de plus de trois minutes.
- Emma Grace Hurley, recordwoman américaine du 8 km, signe 2 h 20 min 47 s pour son premier marathon : meilleur début de l'histoire pour une Américaine.
Au total, 22 Américains (10 hommes, 12 femmes) ont réussi les minima des sélections olympiques américaines de 2028. En fauteuil, la Suissesse Catherine Debrunner a battu son propre record du monde de 60 secondes (1 h 33 min 16 s), une première à Chicago, et son compatriote Marcel Hug a signé un record du parcours pour sa septième victoire.
Une matinée qui se réchauffe
Quelques jours avant la course, l'organisation avait placé l'épreuve en alerte jaune, le deuxième des quatre niveaux de son système d'alerte, qui signale des conditions moins qu'idéales. Les relevés du National Weather Service à l'aéroport de Midway donnent environ 16 °C au départ, avec près de 80 % d'humidité et presque pas de vent, puis 18 °C vers 10 h et 21 °C à midi.
Pour les élites, arrivées vers 9 h 30, la matinée est restée correcte. Pour un coureur parti dans les dernières vagues et visant 4 h 30, la fin de course s'est jouée au-dessus de 20 °C.
Ce que les amateurs peuvent en retenir
Le negative split n'est pas obligatoire ; la régularité, si. Kipruto a couru sa seconde moitié 27 secondes plus lentement que la première, Feysa 81 secondes. Sur une matinée qui se réchauffe, une seconde moitié un peu plus lente reste une course bien gérée. Ce qui coûte cher, c'est l'écart de plusieurs minutes.
Les accélérations se paient après le 35e kilomètre. Kiplimo a gagné quelques secondes entre 25 et 30 km et en a perdu près de trois minutes sur la fin. Mauri a payé son passage au semi sur l'allure du record. À votre échelle : un coureur visant 3 h 30 (4 min 59 s/km) qui « met du temps en banque » dans le premier semi le rend presque toujours, et davantage, dans les dix derniers kilomètres. Fixez votre allure avec le tableau d'allures marathon et vérifiez qu'elle est réaliste avec le calculateur d'équivalences à partir d'un semi ou d'un 10 km récent.
La patience paie. Lokedi a laissé partir Feysa et Kosgei, est revenue au 20e kilomètre et repart avec un énorme record personnel. Young et Hicks ont laissé Mauri s'envoler et l'ont repris au 22e mile.
La chaleur se gère dès le départ. 16 °C et une forte humidité suffisent à faire monter le cardio. Quand l'alerte est jaune, partez quelques secondes au kilomètre plus lentement que prévu, buvez tôt et utilisez les épongeages. Si vous étiez à Chicago dimanche, notre guide de la récupération après un marathon vous aidera à bien gérer les deux prochaines semaines.
Rendez-vous en 2027
La 49e édition aura lieu le dimanche 10 octobre 2027 et accueillera les championnats des États-Unis de marathon. Les candidatures pour le tirage au sort sont ouvertes jusqu'au jeudi 29 octobre, 14 h heure de Chicago (20 h en France). Toutes les infos pratiques sont sur la fiche du Marathon de Chicago 2027.
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