Baptiste Chassagne, 2e de l'UTMB 2026 : le plan sur deux ans qui a presque tout gagné
Compétition

Baptiste Chassagne, 2e de l'UTMB 2026 : le plan sur deux ans qui a presque tout gagné

RunRun 2026-08-29

18h47'38, 1h35 de mieux qu'en 2024, et 46 secondes d'avance sur le 3e. Portrait complet du Lyonnais de Combloux : parcours, palmarès, saison 2026 et récit de sa course.

Baptiste Chassagne, 2e de l'UTMB 2026 : le plan sur deux ans qui a presque tout gagné

Deux jours avant le départ, Baptiste Chassagne annonçait son objectif sans détour : « Je pense que faire mieux que 20h22, c'est déjà un bel objectif. » Le 29 août 2026, il a franchi la ligne d'arrivée de Chamonix en 18 h 47 min 38 s. Soit 1 h 35 min 07 s de mieux que sa deuxième place de 2024. Objectif pulvérisé.

Et il a quand même terminé deuxième.

C'est tout le paradoxe de cette édition : le Français a couru l'UTMB de sa vie, a retiré une heure et demie à son propre chrono, et s'est heurté à un Américain qui a réécrit l'histoire de l'épreuve. Récit d'une course exceptionnelle, et portrait d'un coureur qui l'est tout autant.

Le podium le plus rapide de l'histoire de l'UTMB

PlaceCoureurTempsÉcart
1Ben Dhiman 🇺🇸18 h 16 min 29 s
2Baptiste Chassagne 🇫🇷18 h 47 min 38 s+31 min 09 s
3Caleb Olson 🇺🇸18 h 48 min 24 s+31 min 55 s
4Virgile Morisset 🇫🇷+43 min 54 s
5Joaquin Lopez 🇪🇨+50 min 19 s

Le chiffre qui résume l'édition : les trois hommes du podium sont passés sous les 19 heures. Cela n'était jamais arrivé. Ben Dhiman devient le premier coureur de l'histoire à briser cette barrière, effaçant le record de Tom Evans (19 h 18 min 58 s en 2025).

Autrement dit, la performance de Chassagne — 18 h 47 — aurait gagné toutes les éditions précédentes de l'UTMB. Elle n'a pas suffi cette année.

Une course lancée dans l'orage

L'édition 2026, la 23e, n'a pas démarré comme prévu. Le départ, initialement programmé à 17 h 45 le vendredi 28 août, a été repoussé de deux heures, à 19 h 45, pour laisser passer deux vagues orageuses sur la Haute-Savoie. L'organisation a également modifié le parcours en supprimant le passage des Pyramides Calcaires. Fiche définitive : 174 km et 9 700 m de dénivelé positif, pour environ 2 500 coureurs au départ.

Le plateau, lui, était amputé. Kilian Jornet et Jim Walmsley ont déclaré forfait, tous deux sur blessure au genou. Tom Evans, tenant du titre, était absent. En course, deux abandons majeurs sont venus s'ajouter avant même le 70e kilomètre : Vincent Bouillard, vainqueur 2024, et Courtney Dauwalter.

Un mot d'honnêteté sur ce point : une course se juge sur ceux qui sont au départ, et cette édition a produit le podium le plus rapide jamais vu. Mais le contexte mérite d'être posé.

Le déroulé : devant, puis chasseur, puis assiégé

Chassagne n'a pas couru en embuscade. Il a pris les commandes dès les premières heures, pointant en tête aux Contamines en 2 h 45 min 21 s, devant Zach Miller et Ben Dhiman.

L'Américain a placé son accélération à La Balme, et l'écart s'est creusé par paliers :

  • Col de la Seigne : +13 minutes
  • Maison Vieille : +16 min 25 s
  • Champex-Lac : environ +30 minutes

Le Français n'a jamais lâché la deuxième place, passant La Fouly (km 114) en 12 h 01 min 06 s. Mais son vrai combat n'était plus devant — il était derrière.

À Trient, Joaquin Lopez revenait à 9 minutes. À Vallorcine, Chassagne ne s'arrêtait qu'une trentaine de secondes. Et dans la dernière portion, Caleb Olson a produit une descente énorme : l'écart est tombé à une minute, puis à une quarantaine de secondes.

Après 18 h 47 min de course, Baptiste Chassagne a franchi la ligne avec 46 secondes d'avance sur l'Américain. Soit 0,07 % d'écart. Il a dû défendre sa deuxième place jusqu'au dernier mètre, alors que la victoire, elle, était jouée depuis longtemps.

Le plan sur deux ans

Pour comprendre ce 18 h 47, il faut remonter à mars 2025. Chassagne vient de terminer 2e de l'UTMB 2024 et de quitter Nike. Il déclare alors :

« Quand tu fais deuxième à l'UTMB, la seule façon de faire mieux, c'est de gagner. Mais je ne pense pas être capable de le faire en 2025. »

Et il ajoute : « C'est un hiver de fondation. Je veux prendre le temps de poser des bases solides et passer un cap physiologique. »

Ce qui suit est rare dans un sport où l'on court par peur de manquer une occasion : il fait délibérément l'impasse sur l'UTMB 2025. À la place, il va gagner la Diagonale des Fous à La Réunion, en 23 h 31 min 54 s.

Deux jours avant le départ 2026, il expliquait sa méthode :

« J'ai identifié mes points faibles et je me suis donné deux ans pour aller les travailler. »

« J'ai vraiment envie de battre celui que j'étais en 2024, parce que ça voudrait dire que j'ai progressé. »

Le plan a fonctionné exactement comme annoncé. Il a battu celui qu'il était en 2024, de 95 minutes. C'est le genre de trajectoire qu'on ne voit pas souvent énoncée publiquement à l'avance, puis exécutée.

« Peu importe le résultat, je sais que j'ai progressé », disait-il encore avant le départ. La phrase a pris une résonance particulière au soir du 29 août.

Qui est Baptiste Chassagne ?

Né le27 octobre 1993 à Lyon — 32 ans
Gabarit1,86 m, 72 kg (grand, pour un ultra-traileur)
Vit àCombloux (Haute-Savoie), au pied du Mont-Blanc
ClubJogging Club de Véranne (Loire)
ÉquipementierOn Running (depuis fin 2024)
Autres partenairesNäak, Tudor, Back Market
UTMB Index926

Un « city kid » venu par la pause déjeuner

Rien ne le destinait à l'ultra. Diplômé de Sciences Po Paris, passé par Rossignol, il se décrit lui-même comme un city kid. Il a commencé à courir sur sa pause déjeuner, près de son lieu de travail, avant d'enchaîner les courses locales. Il pratique le trail depuis 2017 environ.

C'est la SaintéLyon qui l'a fait basculer dans ce sport — elle reste sa course préférée, celle qui lui a fait découvrir une communauté et des valeurs. Il y a signé deux podiums (3e en 2022 et 2023), plus une 4e place en 2019.

Son ancrage est double : il vit en Haute-Savoie, sur le parcours même de l'UTMB, mais court sous les couleurs d'un club de la Loire, où vit sa famille. Son terrain de cœur reste le massif du Pilat.

Athlète, mais pas seulement

Chassagne est aussi le fondateur de 40 BPM, une agence de communication spécialisée dans les athlètes et le trail — le nom fait référence à la fréquence cardiaque de repos des sportifs d'élite. Il y consacre une quinzaine d'heures par semaine, en parallèle de son entraînement.

Il est par ailleurs auteur de plusieurs textes publiés et musicien, avec deux albums à son actif. Sur sa fiche UTMB, il se définit comme « athlète-reporter ».

Sa formule pour On Running, qui dit assez bien le personnage : « La sieste est mon troisième sport préféré, après le trail et le ski de randonnée. »

Palmarès : la montée en puissance

2018-2022 — l'apprentissage

  • 2018 : 1er de la Saintéxpress (44 km), 4e de la MCC
  • 2019 : 6e de l'OCC, 4e de la SaintéLyon
  • 2021 : 10e de la CCC (11 h 18 min 56 s)
  • 2022 : 10e de la CCC, 3e de la SaintéLyon

2023 — l'année du basculement

  • Champion de France de trail long (68 km, 5 h 32 min 42 s) — il parlera d'« une consécration »
  • Champion du monde par équipes de trail long
  • 10e de son premier UTMB, en 21 h 38 min 11 s
  • 3e de la SaintéLyon

2024 — la première marche

  • 1er du Trail des Hauts Forts
  • 2e de l'UTMB en 20 h 22 min 45 s, derrière Vincent Bouillard

2025 — l'année sans UTMB, mais pas sans victoire

  • 1er du Serre Che Trail
  • 11e des championnats du monde WMTRC en individuel, et champion du monde par équipes
  • 1er de la Diagonale des Fous (Grand Raid de La Réunion, 175 km, 10 107 m D+) en 23 h 31 min 54 s

La saison 2026, course par course

DateÉpreuveRésultat
21 marsMarathon du Chianti (Italie)7e — 3 h 23 min 08 s
25 avrilGrand Raid Ventoux (87 km)1er — 8 h 00 min 24 s
26 juinMarathon du Mont-Blanc 90 km4e — 10 h 02 min 39 s
18 juilletMontée du Nid d'Aigle (20 km)6e — 1 h 56 min 14 s
8 aoûtTrail des Hauts Forts (36 km)1er — 3 h 42 min 18 s
29 aoûtUTMB (174 km)2e — 18 h 47 min 38 s

Une saison construite comme un entonnoir : un marathon sur route au printemps pour la vitesse, une victoire sur ultra en avril, un premier 90 km en montagne fin juin, puis deux formats courts et intenses en juillet-août pour affûter. Dès avril, il annonçait viser la victoire et le passage sous les 20 heures. Il a obtenu le second.

Sa préparation a mis l'accent sur la nutrition — qu'il décrit comme souvent décisive sur ces formats — et sur la régularité, avec la capacité à enchaîner les blocs sans rupture. Vivant à Combloux, il s'entraîne littéralement sur le terrain de la course.

Ce qu'il dit du trail, et qui vaut le détour

Chassagne fait partie des rares athlètes de premier plan à parler franchement de l'économie de son sport. Son passage d'un an chez Nike, puis son départ, il l'a expliqué publiquement :

« Chez Nike, on te met des moyens incroyables à disposition, mais tu dois un peu te débrouiller tout seul. Le trail ne représente pratiquement rien à l'échelle de la marque, il n'y a pas vraiment de projet structuré. »

Il défend aussi une certaine idée de la discipline, à rebours de sa concentration autour de quelques grands événements :

« Les petites courses locales sont le sel de notre discipline. »

Et sur sa propre carrière, qu'il découpe en trois chapitres — révélation, confirmation, transmission — il dit vouloir « laisser une trace liée à ma façon de procéder plutôt qu'à mon palmarès », et espère qu'on se souviendra de lui comme « un mec bien » plus que comme un athlète d'élite.

Venant d'un homme qui vient de courir 174 km en 18 h 47, la phrase mérite d'être prise au sérieux.

Et maintenant ?

Deux deuxièmes places à l'UTMB, en 2024 et 2026, séparées par une victoire à la Diagonale des Fous et un chrono amélioré d'une heure et demie. La marche qui reste est la plus haute, et elle est désormais gardée par un coureur capable de 18 h 16.

Mais la trajectoire de Chassagne dit quelque chose de rassurant sur sa méthode : il annonce ce qu'il va travailler, prend le temps qu'il faut — quitte à sacrifier une édition entière — et livre le résultat annoncé. En 2025, il disait ne pas se sentir capable de gagner cette année-là. Il ne s'était pas trompé. S'il annonce un jour qu'il se sent prêt, il faudra le croire.


Pour comprendre l'épreuve elle-même, son histoire et son système de qualification, lisez notre dossier : L'UTMB, plongée au cœur du sommet mondial du trail running.

Sources principales : u-Trail · Outside.fr · franceinfo · Fiche coureur UTMB · Stadion Actu · MK Sport Mag